En phase avec moi-même, sexuellement libre et épanouie après avoir exploré tout ce que j’avais envie d’explorer dans ce domaine, je suis pourtant incapable de regarder un film porno. Ceci dit, dans un autre registre, je suis également gourmande et ouverte à toute curiosité culinaire et pourtant, je ne mange pas de viande. Quel rapport me direz-vous ? Eh bien, il est évident puisque mes raisons sont les mêmes !
J’aime le goût de la viande mais je ne peux plus l’apprécier en sachant le calvaire qu’ont dû subir les bêtes qui me nourrissent. Je pourrais ne pas le savoir et je ne m’en porterai pas plus mal mais il se trouve que je le sais. J’ai vu les élevages industriels, j’ai vu les chaînes d’abattage et sans rentrer ici dans les détails car ce n’est pas le sujet, je suis naturellement devenue une « sans viande ». Ceci dit, je mange encore du poisson et on pourrait me reprocher de ne pas aller jusqu’au bout de mes idées. Mais je ne milite pas pour que les gens arrêtent de manger de la viande alors qu’on ne me gonfle pas avec ce que je fais ou ne fais pas.
Pour en revenir au porno, je ne peux pas en consommer car je connais l’envers du décor. Mais si je ne le connaissais pas, probablement que je n’en consommerais toujours pas car les plans d’organes génitaux en gros plan ne me font pas fantasmer. Ces films sont tournés par des hommes pour des hommes et par conséquent, il est sans doute normal que je n’arrive pas à m’identifier. En tout cas, ça ne me fait pas me demander si je suis coincée ou frigide comme certains aimeraient le croire.
Je tiens d’ailleurs à faire la distinction entre l’industrie du porno et les films érotiques. Les films érotiques ne me posent aucun problème. Pas plus que les magazines comme Playboy ou les « hentaï » d’ailleurs.
Le sujet ici, c’est bien l’industrie du porno, l’industrie bas de gamme, non pas les films plus ou moins artistiques à gros budget avec des stars reconnues du milieu car ceux-là restent malheureusement confidentiels.
Un film porno basique, c’est minimaliste. On ne perd pas son temps avec les préliminaires, il faut rentrer dans le vif du sujet pour satisfaire le téléspectateur qui ne regarde son film que pour assouvir une envie immédiate. D’où la nécessité de garder le paquet de mouchoirs à portée de main. Certains couples regardent les films ensemble pour pimenter leur sexualité, puiser des idées et se désinhiber. Dans un cas comme dans l’autre, ça ne me pose aucun problème. S’il y a une industrie, c’est qu’il y a de la demande. Comme pour le pétrole, le tabac ou la drogue.
Et puisque les humains ont des fantasmes, il était dans la logique des choses qu’on fasse de l’argent dessus. Et de ce côté-là, aucun souci car l’industrie du porno fait plus d’argent que les industries de la musique et du cinéma réunies ! Notre société d’hyper consommation ne supporte plus la frustration, encore moins le manque. Le porno offre au consommateur un fast-sex façon MacDo. Et Internet facilite encore les choses. Au point que l’on peut s’inquiéter du risque de dépendance (près de la moitié des américains ayant accès à Internet passe une à dix heures par semaine sur des sites pornos) car bien calé chez soi devant son ordinateur, il n’y a plus de limites à la consommation.
Avec un potentiel pareil, comment s’étonner de l’industrialisation des films X ? Et de ses dérives ? Aucune structure officielle pour vérifier les conditions de tournage. Or, depuis le film culte « Gorge Profonde » où l’actrice principale connue sous le pseudo Linda Lovelace était battue et menacée par le revolver de son compagnon de l’époque pour avaler les queues de ses partenaires, qu’est ce qui a vraiment changé en vérité ? Et bien rien, ça a juste empiré. Scène banale sur un tournage : une fille se fait sodomiser tour à tour par deux hommes qui ne la ménagent pas, son maquillage coule sous les larmes qu’elle tente de retenir entre deux cris (qu’on pourra imaginer de plaisir au montage) mais elle finit par tourner de l’œil. Scène coupée et engueulade. On recommence après un raccord maquillage, cette fois trois mains fouillent son vagin tandis qu’elle se fait enculer par un troisième homme, quand celui-ci se retire enfin une main l’empêche de tomber pour mieux la plaquer contre une bite tendue qu’elle doit avaler.
A voir absolument : "Shocking Truth" qui raconte l’envers du décor.
On comprend comment les filles se retrouvent là-dedans quand celles-ci acceptent de confier leur histoire. Souvent victimes de viol ou d’inceste sinon droguées, ont-elles réellement choisi ce milieu ou est-ce plutôt le milieu qui les a récupérées ? En réponse à la violence subie, ont-elles décidé de faire du porno pour se sentir puissante par rapport aux hommes ? Car ces femmes les font bander et pendant qu’ils se branlent en les regardant, l’actrice est toute puissante. On en oublie presque que son cul saigne à la fin de la scène et que non, elle n’a pas joui quand elle s’est pris des hectolitres de sperme mélangé à du blanc d’œuf sur la face. Si elles rentrent dans ce milieu avec ces illusions, celles-ci leur passent très vite. Salies, humiliées dans la plupart des cas, elles n’ont plus beaucoup d’estime de soi. Et pire, quand elles sont allées jusqu’à accepter la zoophilie - films dans lesquels on se préoccupe davantage de l’intégrité des animaux que d’elles - elles sont nombreuses à se suicider.
Que deviennent ces filles d’ailleurs après ? Et qui s’en soucient ? Celles qui ne finissent pas en chaise roulante après un gang bang ou qui ne meurent pas suite à une hémorragie ou victimes du sida? Et quelle sexualité peuvent encore avoir celles dont le vagin et l’anus sont détruits ? Je ne parle même pas des dégâts psychologiques… quand entre autre, pour répondre aux besoins des téléspectateurs, elles n’hésitent plus à passer sur le billard, non pas pour se faire gonfler les seins (c’est déjà fait) mais pour se faire ôter les grandes lèvres. Afin de ne pas gêner le regard du spectateur. Droit au but.
Le porno devient de plus en plus trash, victime sans doute de son succès. Les filles se retrouvent désormais la tête dans les chiottes ou à simuler des viols en tant de guerre. La double pénétration ou la pénétration avec objet contendant est systématisé et l’on voit de plus en plus de films spécifiques : les excréments et les animaux ne sont malheureusement plus ce qui se fait de pire dans la pornographie.
Le danger du porno, c’est de déshumaniser le sexe. Or la sexualité fait partie intégrante de notre humanité. Nous sommes programmés pour avoir des relations sexuelles ! Et même si le contexte a changé depuis que l’homme est apparu sur terre, que nous ne sommes plus obligés de procréer à tout va pour que notre espèce survive, nous restons conditionnés pour nous « aimer » ! Or, le porno ne fait que nous apprendre à se servir de l’autre comme instrument de notre plaisir. Parfois, on ne voit même pas les visages car ils sont inutiles. On ne veut pas savoir qui se cache derrière ce vagin, cette bite ou ce cul. Leur seul intérêt réside dans leur interaction. Que l’actrice ne connaisse son partenaire que depuis 2 minutes importent peu au voyeur que nous sommes. Il en va de même pour le « scénario ». Il est quasi inexistant. Tout ce qu’on peut retenir de ce genre de production c’est que quand une femme dit non, ça veut dire oui. Quand elle crie, c’est de plaisir. Et comme la publicité délivre ses messages subliminaux, le porno imprime dans notre inconscient des messages sexuels parfois dangereux. Ce qui n’aura que peu d’influence sur le consommateur occasionnel peut s’avérer perturbant pour d’autres. Ils peuvent avoir besoin pour s’exciter de reproduire ce qu’ils ont vu, certains d’ailleurs ne peuvent bander qu’avec du porno en fond sonore et visuel de leurs ébats, ils peuvent devenir dépendants, quitte à chercher toujours plus d’excitation et donc en arriver à regarder toutes sortes de perversions qu’ils auraient pourtant jugées abjectes un peu plus tôt. D’autres vont jusqu’à violer mais ne parlons pas davantage de ces cas-là car il en va des violeurs comme des drogués : on dit que celui qui consomme des drogues dures a forcément commencé avec de la marijuana. Un violeur a forcément vu un film porno aussi mais pour autant, tous ceux qui ont vu des films pornos ne sont pas devenus des violeurs!
Le plus gros risque en réalité, reste la dépendance et ses conséquences sur la vie sociale ou la vie de couple. Quand couple il y a ! Mais le risque existe avec ou sans films pornos à l’appui. Le sexe, en général, est une drogue puissante. Mais il n’est pas question de s’en priver !
Depuis quelques temps, l’industrie du porno s’inquiète. Alors qu’elle s’était réjouie de l’introduction du net dans nos foyers (plus facile en effet de regarder des films X discrètement sur son ordi), elle désespère désormais de constater le très grand nombre de vidéos amateurs en concurrence directe avec leurs films. Et là, rien à voir… pas de filles qui grimacent et d’hommes qui besognent mécaniquement mais des filles et des mecs joyeux et désinhibés s’adonnant sans vergogne aux joies du sexe sur le tapis du salon ! Forcément, ça fait désordre ! Mais on ne va pas les plaindre… au contraire. La vidéo amateur offre au « voyeur» la possibilité de s’identifier, de retrouver les plaisirs d’une sexualité sans formatage et sans culpabilité puisque les « acteurs » ne sont ni forcés ni drogués, ils ne sont même pas payés, c’est pour dire !
Alors quand j’affirme que je n’aime pas le porno, je précise que c’est son industrialisation que je n’aime pas. L’envers du décor. C'est justement parce que j'aime le sexe que j'ai du mal à concevoir qu'on soit prêt à faire du fric sur le dos de filles fragiles en son nom!
Le salut des humains aimant le porno, comme moi, réside soit dans la disctinction, par les réalisateurs, entre la fiction et le réel, autrement dit dans la capacité à filmer des scènes violentes avec trucages, soit dans la capacité à promouvoir le sexe joyeux, gratuit, vécu avec plaisir par les participantes.
Je dis "comme moi", car j'ai des tendances voyeuses que le porno assouvit. Enfin, pas par le porno trash: le sang, les larmes, la merde et les ânes, ça ne m'excite pas. En revanche les scénar un peu pervers, je l'avoue, me font de l'effet...
100% d'accord avec toi : certains pornos misogynes ressemblent à des scènes de torture, et il est impensable qu'un être humain sexuellement libre et doté d'un minimum d'empathie puisse se vautrer là-dedans en toute impunité. Se dire que les filles qui tournent dans ces pornos bas de gamme prennent du plaisir en se faisant malmener (pour moi, ce 'nest même plus du sexe mais de la haine & de la domiation) est d'une mauvaise foi absolue. Bref, cetteindustrie de m... gâche pourmoi bon nombre de relations. Etm'imaginer au lit avec ce genre de pornophile me fait frémir.
Bref, pour l'amour et la sexualité libres, non aux normes et à l'exploitation !!!
C\\\'est à me dégoûter du X. Merci ^_^
Sinon, excellent article. :)
Un peu étonnée de ne pas être lynchée aussi!
Mais ça fait plaisir de lire des filles s'exprimer librement sur le sujet sans passer pour des "salopes" ou des "frigides"...
La dernière fois que j'ai vu un porno, c'était il y a ...25 ans (bah oui je pratique, je ne regarde pas) j'ignorai ce qu'on en faisait avant de vous lire !
C'est cru comme article, j'admire, heureusement qu'il y à encore des humaines sur terre tout n'est pas perdu :/
Blog direction mes flux RSS, article bookmarké et surement diffusé ce soir à mes ami(e)s...
Effectivement, un porno sans même un bout de scénario pour broder dessus, c'est aussi de la viande en barquette...
Par contre une situation (décors, vêtements, accessoires etc) varie les plaisirs. Enfin pour moi le plus important c'est l'impression de plaisir et la beauté des images.
J'ai pourtant pas le profil type :-) je suis loin du vieux pervers, ou du connard psychorigide.
En fait, çà peut paraître con ou désespérer, mais j'aimerais quand même défendre les couleurs de ma came. T'as tort de faire un amalgame sur le porno. Ils ne sont pas tous tel que tu le décris. Y en a des biens. Bien sûr, aucune fille n'y croira jamais. Mais certaines scène recellent une forme de beauté, et se déroulent dans le plaisir. Bien sûr c'est rare, et c'est pas dans un saloperie de gonzo (films de cul sans sénario) qu'on trouvera çà. Rien n'est tout blanc ou tout noir...
Allez, demande gentiment et je t'envoie un lien émule pour quelques extraits vidéos pouvant te faire changer d'avis ;-) et merde... je sens que comme entrée sur ce blog, j'aurais pu un peu moins me griller...
les mises en scènes sont dans le porno sont toujours les memes
les thèses en socio sont intéressantes, apparement humilier la femme serait la revanche des petits gars qui se ravissent que meme émancipées elles sont réduits à etre des trous
le porno c d'abord l'humilliation de la femme, bien sur le gars au fond de lui sait que les scènes qu'il voit sont atroce et que la nana n'est pas une chienne mais un etre humain qui a joué avec des poupées des nounours et qu'elle n'est pas née pour etre un trou
si ce n'était pas de l'humiliation pourquoi beaucoup d'hommes regardent des scènes qui ne les excitent pas = zoophilie, fist fucking etc.. ? une fois deux fois trois fois etc... ?
je passe sur les mise en scène de contrainte, de violence des "teens" = adolescentes
j évite d'y penser sinon je vais vomir sur chaque gars que je croise
j'arrive sur votre article par le biais du blog ce Cerise le baiser français, et je suis vraiment contente d'être tombée dessus. Car tout ce que vous écrivez trés bien, j'aurais pu le dire aussi. Je ressens les choses exactement comme vous. Je me sens épanouie et libérée en matière de sexe hors je déteste le prono et je pense aussi que c'est fait par des hommes et pour les hommes. L'érotisme, celui qui fait vibrer et rend les orgasmes encore plus jouissifs, se situe dans la sensualité, le respect, la douceur, l'écoute de ses désirs et ceux du partenaire. Je crois que tout cela s'oppose au monde du porno.
Bravo pour votre article.
Amicalement
Armandie
Trop de "liberté" tuera la liberté.