Chirurgienne humanitaire, elle a consacré son existence à aider les autres. La vie ne l'a pas épargnée, mais à 79 ans elle dégage toujours une vitalité hors du commun.

En 2000, on vous a diagnostiqué une maladie invalidante et incurable. L'hiver dernier, vous dévalez la piste noire à Val-d'Isère. Avez-vous l'impression d'être quelqu'un d'exceptionnel ?Non, je ne suis pas exceptionnelle, mais toute ma vie, j'ai toujours collé à mes désirs, même les plus fous. J'ai pris des chemins qui m'ont apporté joies et douleurs extrêmes. Mais j'aime ma vie, car c'est moi qui l'ai choisie. J'ai beaucoup baroudé. J'ai sauvé des vies en opérant dans les pays en guerre. Cela m'a donné la foi. Mon parcours est celui que j'ai voulu, fait de défis et de luttes. On me dit souvent que je suis folle. Sans doute parce que je suis spontanée et libre. Je prends ça pour un compliment. La vie « normale » serait une punition.
D'après vous, d'où vient votre « graine de courage », selon vos termes ?Elle prend naissance dans mon enfance. Ma mère me répétait que j'étais étonnante : toujours souriante, dès le réveil. Sur son initiative, le jour de ma première communion, j'ai fait le tour des quartiers pauvres de Bordeaux, avec des paniers pour aider les gens dans le besoin. J'ai ressenti un bonheur intense. Cela a déclenché ce désir d'aider les autres qui m'a nourrie toute ma vie. Aider, c'est aimer. Ma joie de vivre vient de la dureté de ce que j'ai vécu. Être heureux, c'est se contenter de ce que l'on a, dans la mesure où ce que l'on a est noble.
Vous avez toujours fait beaucoup de sport. Est-ce un des ingrédients de votre force vitale ?Oui, c'est une composante essentielle de ma vie. À 4 ans, je grimpais aux anneaux pour faire des acrobaties. Équitation, ski, plongée… je n'ai jamais raté une occasion de faire bouger mon corps, de me muscler, de me renforcer. Pour moi, c'est un plaisir immense, comme pour d'autres les musées. Grâce à cet amour du sport, j'ai transformé la corvée de la rééducation en plaisir. Aujourd'hui, je fais de l'aviron dans un club, avec des gens entre 25 et 50 ans. Personne ne connaît mon âge…
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